Manifeste pour la primaire des gauches et des écologistes

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Notre système politique est bloqué. Chaque jour, nos institutions, inadaptées et sclérosées, s’enfoncent un peu plus dans la crise. Faute de propositions satisfaisantes, de perspectives claires et de résultats tangibles, nos concitoyens sont nombreux à s’abstenir aux élections, quand ils ne s’abandonnent pas aux promesses insensées et au discours de haine du Front national. Trop souvent, nous nous contentons de voter « contre », pour éliminer l’ « autre » candidat. Pire, nous ne votons pas, atterrés par la médiocrité de l’offre politique et son incapacité à se renouveler.

La défiance politique n’est pas une fatalité

Les efforts pour contrer le FN n’ont pas enrayé sa progression. La société glisse vers le repli et la fermeture. Des pans entiers de la droite regardent vers l’extrême-droite, et la confusion du reste de la droite et d’une partie croissante de la gauche est manifeste, au point de mettre en cause les valeurs humanistes et les droits humains qui fondent la République. Le projet de déchéance de la nationalité est injustifiable, et l’instrumentalisation de la Constitution à des fins tacticiennes constitue une rupture démocratique majeure.

Les jeux politiques actuels ne masquent plus une réalité flagrante : aujourd’hui comme hier, les gouvernements s’arc-boutent sur des modèles destructeurs, plutôt que de lutter contre les inégalités sociales, les discriminations, la dégradation de l’environnement et l’affaissement de la démocratie.

Sans surprise, les citoyens sont en état de légitime défiance vis-à-vis de la politique. Son personnel devient synonyme de caste et d’oligarchie. Son action est perçue comme impuissante, voire comme corrompue et soumise à des intérêts corporatistes ou particuliers ; ses projets conjuguent sans cohérence le néo-libéralisme du capitalisme financier, les régressions ethniques et racistes, et le recyclage nostalgique de l’étatisme des Trente Glorieuses et de l’Etat omnipotent. Dans un monde en plein bouleversement et en désordre, dans une Europe de plus en plus désunie où s’imposent les égoïsmes nationaux et s’érigent les barbelés, l’horizon se rabougrit, le débat démocratique régresse.

Nous refusons les renoncements.

Nous n’acceptons pas que la menace du FN, le risque terroriste et l’état d’urgence permanent servent de prétexte pour refuser de débattre des défis auxquels notre société est confrontée. Il n’y a pas de fatalité à l’impuissance politique. La France est riche de son énergie vitale et de talents qui aspirent à forger un avenir bienveillant. Ce sont eux qui doivent s’exprimer avant mai 2017 !

D’abord un grand débat, ensuite un candidat !

Nous ne changerons pas de République d’ici 2017, et tout reste suspendu à l’élection présidentielle-reine. Cet enjeu ne devrait pas être le seul mais, puisqu’il est incontournable aujourd’hui,  nous voulons qu’il soit l’objet d’une réappropriation citoyenne, de sorte que la prochaine élection présidentielle soit la conclusion d’un débat approfondi.

Nous appelons à une grande primaire des gauches et des écologistes.

En mai 2017, nous élirons un Président ou une Présidente et, dans les semaines qui suivront, nos représentants à l’Assemblée nationale. Pour que ce moment contribue vraiment à la sortie de la crise politique et ouvre enfin de nouvelles perspectives économiques, sociales, environnementales et démocratiques, il faut qu’aient été débattus et mis en lumière des choix et des alternatives claires sur les enjeux majeurs que sont les inégalités, la crise écologique, l’éducation, les discriminations, la réforme des institutions, les libertés, la justice, la sécurité, la fiscalité, les territoires, l’Europe, la mondialisation…

Nous voulons du contenu, des idées, des échanges exigeants. Et nous savons que nombreux sont les citoyens capables d’apporter leur contribution, et désireux de voir renaître intellectuellement et politiquement la gauche et l’écologie politique aujourd’hui à bout de souffle, inaudibles ou réduites à l’impuissance.

Nous avons une certitude : l’arrivée au pouvoir du Front national serait une catastrophe et le retour de « Les Républicains » ne nous sortirait pas de l’impasse. Nous avons une conviction : la primaire des gauches et des écologistes est la condition sine qua non pour qu’un candidat représente ces forces à l’élection présidentielle en incarnant le projet porteur et bienveillant dont la France a besoin.

En 2011, le Parti socialiste avait fait la démonstration qu’une primaire peut mobiliser au-delà des lignes partisanes, devenir le lieu du débat politique et générer un vote citoyen massif. Mais l’exercice devenu plébiscite a produit un super-candidat qui s’est affranchi de toute responsabilité envers les citoyens mobilisés derrière lui. La primaire de 2016 doit éviter ce risque de dérive. Nous n’avons pas vocation à l’organiser mais le dispositif doit permettre de former, sur la base des votes exprimés, une coalition de projet et un contrat de gouvernement. C’est sur ce socle politique partagé et cette légitimité ancrée dans une mobilisation élargie que se fera la campagne du candidat ou de la candidate lauréate et que, potentiellement, il ou elle construira une majorité parlementaire.

En 2016, nous ne pouvons pas faire ce cadeau à la droite de la laisser seule conduire un débat devant l’ensemble des Françaises et Français sur l’avenir de notre pays. Nous proposons que la primaire des gauches et des écologistes, notre primaire, se tienne au même moment et suivant le même calendrier que celle de la droite, apportant un souffle puissant au débat démocratique dans notre pays.

Pragmatiques et imaginatifs

Notre primaire tiendra ses promesses si elle est alimentée par des idées nées, en amont, de la confrontation et de l’enrichissement des points de vue et des expériences. Cela implique qu’une fois précisés les principaux enjeux politiques des batailles électorales à venir, s’organisent, au plus près des électeurs, là où ils vivent, des rencontres autorisant des délibérations ouvertes et sérieuses autour de ces enjeux. Cela suppose aussi la garantie que ce qui sortira de ces échanges nourrira ceux de la primaire. Des débats locaux sans perspective politique nationale seraient sans grande portée ; une primaire ne tenant pas compte des réflexions des citoyens serait source de frustrations et de déceptions.

Notre primaire devra donc rendre à la politique deux sources qu’elle a perdues. La première est celle de l’expérience sociétale et des avancées concrètes dont les « professionnels de la profession » politique ont rarement connaissance (expérimentations, initiatives citoyennes et dans les entreprises, etc.). La seconde est celle de la créativité intellectuelle, du lien avec la pensée vivante qui se re-manifeste depuis peu en France. La préparation de la primaire devrait ainsi reposer sur des énergies venues aussi bien de la réflexion que de l’action. Toutes les idées, tous les témoignages s’ils veulent améliorer les choses avec générosité et efficacité, doivent y trouver leur place.

« Primaire » signifiera en cela « couleurs ravivées » de la gauche et de l’écologie, de cette partie de la société qui n’a pas renoncé à rendre le monde plus vivable. Ces couleurs varieront sur un spectre qui contiendra des désaccords qu’il s’agira pendant ces semaines de débats de rendre fertiles : l’objectif n’est pas d’être d’accord a minima, mais d’être créatifs de manière variée. Le contraire, en gros, des tactiques politiques qui nous plombent depuis vingt ans.

Nous, signataires de ce texte, nous engageons à faire des propositions et à contribuer à alimenter le débat politique sur les territoires. Nous publierons, dans les semaines à venir, en plus de ce « Manifeste pour La Primaire » et de notre appel, un premier ensemble de contributions qui ouvriront la discussion sur des thèmes clés pour l’avenir de la France et de l’Europe : les grandes orientations économiques ; l’emploi ; l’Europe ; la fiscalité ; l’environnement ; les différences culturelles ou religieuses dans un Etat laïc ; les libertés ; la constitution d’une nouvelle République ; la réforme de l’Etat…. Cette liste n’est pas exhaustive. Nous préciserons également les modalités possibles d’organisation de la primaire des gauches et des écologistes ainsi que des rencontres dans plusieurs villes de France, chacune consacrée à un grand dossier.

Nous voulons choisir collectivement notre candidat et non pas qu’il nous soit imposé d’en haut, sans débat, sans préparation collective. Nous voulons redonner sens à la politique, permettre à tous les électeurs de gauche et écologistes d’être partie prenante active de leur avenir.

Mobilisons-nous pour que 2017 soit non pas la dernière station avant le crash démocratique, mais l’opportunité de refonder notre démocratie.

L’initiative de cet appel est prise par Julia Cagé, Dany Cohn-Bendit, Mariette Darrigrand, Marie Desplechin, Guillaume Duval, Romain Goupil, Yannick Jadot, Hervé Le Bras, Dominique Méda, Thomas Piketty et Michel Wieviorka. Nous sommes toutes et tous engagés dans la vie des idées et de la culture, et, pour certains, dans l’action politique.

Il ne s’agit ni d’une simple pétition ni d’une nouvelle écurie présidentielle. Dans trois mois, nous ferons publiquement un état des lieux de la mobilisation et des débats tenus et déciderons collectivement des étapes politiques qui suivront.

Signez et faites signer l’Appel pour Notre Primaire sur notreprimaire.fr, pour réanimer le débat politique, pour se réapproprier l’élection présidentielle, pour choisir notre candidat-e !

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