Primaire à gauche : maintenant ou jamais

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Le 11 janvier, nous lancions un appel pour une primaire des gauches et des écologistes en vue de l’élection présidentielle de 2017. Avec ses 80 000 signataires et le soutien de quatre électeurs de gauche sur cinq, cet appel a suscité une dynamique citoyenne qui a transformé le paysage politique et a suscité un grand espoir à gauche. Mais le temps est compté, et ceux qui refusent le débat et le rassemblement n’ont pas renoncé. Il est urgent d’accélérer la mise en place de cette primaire.

Les premiers débats que nous avons organisés autour de ce projet à Paris, à Besançon, à Tours, à Lyon, à Caen ou encore à Lille, ont confirmé notre intuition de départ : le «peuple de gauche», dans sa diversité, attendait cette démarche. Non seulement pour ne pas revivre un 21 avril 2002 et avoir une chance que la gauche et les écologistes soient présents au second tour de l’élection présidentielle. Mais aussi pour renouer le dialogue au sein de la gauche, en finir avec les années de divisions mortifères et commencer à construire un projet commun adapté aux exigences du XXIe siècle : celui d’une gauche moderne, qui combat les inégalités et les discriminations, qui entend transformer dès maintenant nos modes de production et de consommation pour faire face à la crise écologique, qui défend un projet européen et démocratique contre les nationalismes, qui promeut l’émancipation individuelle et collective contre les replis identitaires. C’est seulement ainsi que nous pourrons sortir la France et l’Europe de l’impasse, contrecarrer le dégoût ou la résignation qui se sont emparés des électeurs de gauche et écologistes et combattre l’attirance qu’exerce désormais le Front national sur l’électorat populaire.

Nous avons également rencontré les dirigeants des principaux partis de gauche – Parti communiste, Parti socialiste, Europe Ecologie-les Verts, Nouvelle Donne, Ensemble, UDE… – parce que la primaire des gauches et des écologistes ne prendra tout son sens que si ces partis s’engagent dans la démarche : il s’agit, en effet, de dégager un candidat unique pour l’ensemble de la gauche et des écologistes et non une candidature qui viendrait s’ajouter à celles et à ceux mis en lice par ailleurs par ces partis. Tous nous ont indiqué leur bienveillance à l’égard de notre démarche. Et tous ont accepté de participer à un comité d’organisation qui a commencé à travailler pour définir le cadre de cette primaire qui se tiendrait dans la première quinzaine de décembre : socle commun de valeurs, calendrier, mode de scrutin, conditions de candidature, charte éthique…

Mais l’engagement dans une telle démarche ne fait pas encore pour l’instant l’objet d’accords formels. Il en va de la démocratie interne des partis et nous la respectons, mais le temps presse désormais. D’autant que plus la perspective d’une primaire à gauche gagnait en crédibilité, et plus les adversaires de cette démarche se sont mobilisés activement pour tenter de la rendre impossible. Cela a été le cas en particulier avec les déclarations récentes des uns ou des autres jugeant les gauches irréconciliables. La poursuite coûte que coûte du débat sur le projet de loi constitutionnel sur la déchéance de la nationalité et l’état d’urgence malgré l’opposition très large qu’il suscite à gauche, la condamnation de la politique d’Angela Merkel concernant les réfugiés à Munich, ou encore le déséquilibre massif qui caractérisait le projet de réforme du marché du travail dit El Khomri, ont aussi suscité une exaspération croissante.

Cette surenchère rend plus difficile de tenir, avec la participation de tous les courants, une primaire des gauches et des écologistes dans quelques mois. Ce qui acterait définitivement la cassure au sein de la gauche et, de ce fait, sa disparition durable de la scène politique française, non seulement lors de l’élection présidentielle mais aussi lors des autres échéances et notamment des élections législatives à venir. Nous refusons que la gauche et les écologistes soient pris en otage par ces logiques destructrices. L’espace politique que nous représentons dans nos convergences comme dans notre diversité est largement majoritaire à gauche et peut devenir majoritaire dans notre pays.

C’est pourquoi nous lançons un appel solennel aux citoyens et aux responsables politiques des formations des gauches et des écologistes pour qu’ils gardent leur sang-froid, ne tombent pas dans le piège tendu par ceux qui veulent à tout prix achever de diviser la gauche et pour qu’ils osent quand même l’ouverture, le débat et le dépassement. Plusieurs formations politiques (le Parti socialiste, Europe Ecologie-les Verts et le Parti communiste français notamment) ont des rendez-vous internes importants au cours des prochaines semaines. Nous demandons à leurs responsables d’envoyer un message clair et sans ambiguïtés en faveur de la primaire aux électeurs de gauche et écologistes. A défaut, en posant des conditions irréalistes ou en jouant la montre, ils porteraient la responsabilité de la division et de l’échec collectif de la gauche à porter un nouvel espoir en France et en Europe. Contre les adversaires d’une démarche de rassemblement des gauches et des écologistes, c’est maintenant que se joue la bataille de la primaire. Dans trois mois, il sera trop tard.

Les initiateurs de #NotrePrimaire :Julia Cagé Economiste Dany Cohn-Bendit Européen Mariette Darrigrand Sémiologue Marie Desplechin Ecrivaine Guillaume Duval Journaliste Romain Goupil Cinéaste Yannick Jadot Eurodéputé Hervé Le Bras Historien et démographe Dominique Méda Sociologue Thomas Piketty Economiste Michel Wieviorka Sociologue.

Une tribune publiée le lundi 14 mars dans le journal Libération